Procès Rebo Tchulo : après près de trois mois de débats, le verdict attendu le 20 août
Le procès de Rebo Tchulo touche à sa fin. Après plusieurs semaines d’audiences, l’instruction et les plaidoiries sont terminées. Le parquet militaire a requis 14 mois de servitude pénale contre l’artiste, tandis que la partie civile réclame 250 000 dollars de dommages et intérêts. Le tribunal a pris l’affaire en délibéré et rendra son verdict le 20 août 2026.

Kinshasa — Le procès de l’artiste musicienne congolaise Déborah Tshimpaka Mulanga, connue sous le nom de Rebo Tchulo, arrive à son terme. Poursuivie devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema dans une affaire de violences infligées à son chauffeur, l’artiste a vu son dossier entrer dans la phase décisive du délibéré. Le jugement est désormais attendu le 20 août 2026.
L’affaire avait éclaté en avril dernier après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant un jeune homme, identifié comme Platini Kasaï Sadisa, soumis à des violences par des hommes en uniforme au domicile de Rebo Tchulo. La victime affirme avoir été torturée après avoir été soupçonnée d’avoir volé des biens appartenant à l’artiste.
Au fil de la procédure, le dossier a pris une dimension judiciaire plus large. Rebo Tchulo n’est pas poursuivie directement pour avoir torturé son chauffeur, mais notamment pour incitation présumée de militaires à commettre des actes contraires à la loi et à la discipline militaire.
Treize militaires sont également poursuivis dans le même dossier pour des faits présumés de torture, extorsion, concussion et violation des consignes militaires. Quatre d’entre eux sont en fuite.
Le parquet militaire reproche notamment à Rebo Tchulo d’avoir eu un rôle dans l’intervention des militaires à son domicile, dans la nuit du 17 au 18 avril 2026, alors que Platini Sadisa était soupçonné du vol d’un sac contenant plusieurs biens de valeur.
Le procès devait initialement s’ouvrir le 28 mai 2026 devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema. Mais l’artiste ne s’était pas présentée à cette première audience. Sa défense avait invoqué un décès dans sa famille et demandé le renvoi du dossier.
Le tribunal avait finalement fixé la poursuite des débats au 4 juin. La défense avait également demandé que les audiences ne se tiennent plus dans l’enceinte de la prison centrale de Makala, invoquant notamment les conditions de travail des avocats.
Le 4 juin, les débats ont réellement commencé avec l’examen des premiers éléments du dossier. La victime et plusieurs militaires ont été entendus par la juridiction militaire. Platini Sadisa a notamment affirmé avoir été contraint d'avouer un vol après avoir subi des violences. Au cours des audiences de juin, plusieurs militaires ont livré leurs versions des faits.
Le lieutenant Zababu Musafiri, présenté comme le chef de la patrouille intervenue au domicile de l’artiste, a notamment affirmé avoir conduit le chauffeur chez Rebo Tchulo afin qu’il s’explique sur la disparition d’objets appartenant à la chanteuse. Son témoignage a constitué l'un des éléments importants examinés par le tribunal.
Le 25 juin, Rebo Tchulo a finalement livré sa propre version devant les juges. Elle a expliqué que Platini Sadisa faisait partie de l’équipe mobilisée pour le tournage d’un clip et qu’elle avait constaté la disparition de son sac après avoir demandé à son frère d’y récupérer un objet. L’artiste a également contesté avoir ordonné l’intervention des militaires.
L’une des étapes les plus significatives de l’instruction a concerné les communications téléphoniques. À la demande de la partie civile, le tribunal avait autorisé l’analyse des communications téléphoniques de Rebo Tchulo et de plusieurs co-prévenus afin de déterminer notamment qui avait contacté qui au moment des faits.
Le 23 juillet, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema a ordonné une nouvelle expertise des relevés téléphoniques, après avoir constaté des erreurs et des irrégularités dans les données transmises par les opérateurs. Le tribunal voulait notamment vérifier les communications intervenues entre le 17 et le 18 avril, période correspondant aux faits examinés.
La question était particulièrement importante : la partie civile estimait que les déclarations de certains prévenus étaient contradictoires concernant les appels qui auraient précédé l’arrivée des militaires au domicile de l’artiste. Après plusieurs semaines d'instruction, le tribunal a finalement estimé être suffisamment éclairé.
Le 30 juillet, les débats ont été officiellement clôturés. La juridiction avait notamment examiné les éléments provenant des sociétés de télécommunications. Cette clôture a ouvert la voie à la dernière phase du procès : les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des différentes parties.
Dans son réquisitoire, le parquet militaire a demandé au tribunal de condamner Rebo Tchulo à 14 mois de servitude pénale principale pour les faits qui lui sont reprochés.
Le ministère public a également requis 40 mois de servitude pénale contre le sous-lieutenant Zababu Musafiri, présenté comme le chef de la patrouille intervenue au domicile de l’artiste.
Il faut toutefois le préciser : ces peines ne constituent pas encore une condamnation. Il s'agit des réquisitions du ministère public. Seul le tribunal peut décider, dans son jugement, de condamner ou d'acquitter les prévenus.
De son côté, la partie civile représentant Platini Kasaï Sadisa a réclamé 250 000 dollars américains de dommages et intérêts à Rebo Tchulo en réparation du préjudice allégué. La partie civile soutient que la victime a subi un important préjudice à la suite des violences dont elle affirme avoir été victime.
La République démocratique du Congo, appelée en garantie dans cette procédure, a pour sa part demandé au tribunal de déclarer irrecevable la demande visant à la condamner au paiement de dommages et intérêts.
Face aux réquisitions du parquet, les avocats de Rebo Tchulo ont plaidé l'acquittement. La défense estime notamment que le ministère public n'a pas apporté suffisamment d'éléments permettant d'établir que l'artiste aurait incité les militaires à commettre des actes contraires à leurs devoirs et à la discipline militaire. Rebo Tchulo a, elle aussi, continué à nier les faits qui lui sont reprochés.
Après la poursuite des plaidoiries et les dernières prises de parole des prévenus, le tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema a décidé de prendre l'affaire en délibéré.
Lors de sa dernière déclaration, Rebo Tchulo a clamé son innocence et demandé que chacun réponde de ses propres actes.
«« Je suis innocente. Je ne comprends pas pourquoi seul mon nom est cité dans cette affaire », a-t-elle déclaré devant les juges.
Le tribunal a finalement fixé au 20 août 2026 à 9 heures le prononcé du jugement. Après près de trois mois de procédure, le procès Rebo Tchulo est donc arrivé à sa dernière étape. Les débats sont clos, les réquisitions ont été formulées, les avocats ont plaidé et les prévenus ont eu la parole.
Trois issues principales se présentent : une condamnation de Rebo Tchulo, un acquittement ou une décision différente de celle sollicitée par le ministère public.
Pour l'heure, aucune décision de justice n'a encore été rendue contre l'artiste. Le verdict attendu le 20 août devra déterminer si les éléments réunis au cours de l'instruction suffisent à établir sa responsabilité pénale dans cette affaire.
L'affaire reste particulièrement suivie dans l'opinion congolaise, notamment en raison du statut de Rebo Tchulo dans le paysage musical et des images des violences qui avaient initialement provoqué l'indignation sur les réseaux sociaux.
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